mercredi 4 novembre 2009

Litost...

Il y a quelque jours, certains événements m'ont fait penser à un extrait du "Livre du rire et de l'oubli" de Milan Kundera. Je me souviens que ce passage m'avait interpelé quand j'ai lu l'œuvre de Kundera pour la première fois.

Je mettrai ici quelques extraits du chapitre intitulé "Litost". Mais qu'est-ce que la litost donc?

"Litost est un mot tchèque intraduisible en d'autres langues. Sa première syllabe, qui se prononce longue et accentuée, rappelle la plainte d'un chien abandonné. Pour le sens de ce mot je cherche vainement un équivalent dans d'autres langues, bien que j'aie peine à imaginer qu'on puisse comprendre l'âme humaine sans lui.

Je vais donner un exemple: L'étudiant se baignait avec son amie étudiante dans la rivière. La jeune fille était sportive, mais lui, il nageait très mal.[...] l'étudiante était irraisonnablement amoureuse de lui et tellement délicate qu'elle nageait aussi lentement que lui. Mais comme la baignade était sur le point de fin, elle voulut donner un instant libre cours à son instinct sportif et elle se dirigea, d'un crawl rapide, vers la rive opposée. L'étudiant fit un effort pour nager plus vite, mais il avala de l'eau. Il se sentit diminué, mis à nu dans son infériorité physique, et il éprouva la litost

Il se représenta son enfance maladive sans exercices physiques et sans camarades sous le regard trop affectueux de sa mère et il désespéra de lui_même et de sa vie. En rentrant tous deux sur un chemin de campagne ils se taisaient. Blessé et humilié , il éprouvait une irrésistible envie de battre: "Qu'est-ce qui te prend?" lui demanda-t-elle, et il lui fit de reproches; elle savait bien qu'il y avait du courant près de l'autre rive, il lui avait défendu de nager de ce côté-là, parce qu'elle risquait de se noyer - et il la frappa au visage. La jeune fille se met à pleurer, et lui, à la vue des larmes sur ses joues, il ressentit de la compassion pour elle, il la prit dans ses bras et sa litost se dissipa."

Après cet exemple évocateur, Kundera explique ce qu'est la litost:

"La litost est un état tourmentant né du spectacle de notre misère soudainement découverte."

Kundera considère que seul l'amour peut être un remède contre la litost. Car, il dit, "celui qui est absolument aimé ne peut être misérable"

Pour Kundera, "l'absolu de l'amour est en réalité un désir d'identité absolue: il faut que la femme que nous aimons nage aussi lentement que nous, il faut qu'elle n'ait pas de passé qui lui appartient en propre et dont elle pourrait se souvenir avec bonheur. Mais dès que l'illusion de l'identité absolue est brisée (la jeune fille se souvient avec bonheur de son passé ou bien elle nage vite), l'amour devient une source permanente du grand tourment que nous appelons la litost."

"La litost fonctionne comme un moteur à deux temps. Au tourment succède le désir de vengeance. Le but de la vengeance est d'obtenir que le partenaire se montre pareillement misérable" L'homme ne sait pas nager mais la femme giflée pleure, il peuvent donc se sentir égaux et persévérer dans leur amour.

Comme la vengeance ne peut jamais révéler son véritable motif (l'étudiant ne peut pas avouer à son amie qu'il l'a frappée parce qu'elle nageait trop vite) elle doit invoquer des fausses raisons. La litost ne peut donc jamais se passer d'une pathétique hypocrisie" - l'étudiant proclame qu'il est fou de terreur parce que son amie risque de se noyer...

Ces extraits me parlent aujourd'hui plus que jamais. Je ne ferai pas de commentaires, car je trouve ces lignes de Kundera parfaites ou du moins, moi, je n'ai rien à ajouter. Pour l'instant...

vendredi 27 mars 2009

Juste parce que...

...je suis de très bonne humeur ce soir! :p